10 juillet 2016

Louis O'Neill sur le débat québécois sur l'euthanasie



Au fait, y-a-t-il eu vraiment débat? Au sein des instances politiques, sans doute. Dans les médias, bien peu, car ce sont des porte-parole d’une pensée unique qui ont monopolisé le discours,donnant l’impression que l’affaire était close et qu’une seule conclusion s’imposait de soi. Je note par exemple que n’eut été le recours à mon ordi et à mon courriel, je n’aurais pu savoir que des groupes religieux d’allégeances diverses avaient émis à plusieurs reprises des opinions qui auraient mérité d’être connues du grand public et faire partie du débat. Mais ces opinions avaient le défaut d’aller à l’encontre du discours dominant. Sauf un rare et faible écho qu’on leur a accordé, elles ont glissé sous le radar. Il en est résulté un débat à sens unique, voire plus une apparence de débat qu’un échange réel.
La loi sur l’aide médicale à mourir s’appuie sur un consensus politique plus ou moins préfabriqué. Elle ne s’appuie pas sur un consensus social éclairé. Il faudra dans l’avenir vivre avec cette disjonction et accepter que cohabitent des choix éthiques divergents. Ce qui devrait logiquement permettre un espace pour l’objection de conscience à laquelle auront recours des professionnels de la santé. Autrement, on subirait la tyrannie d’un consensus politique sui generis qui projetterait l’image d’une démocratie un peu boiteuse.

 Le problème, c'est que les québécois acceptent ce consensus politique. Ils acceptent de se faire dire quels dossiers ils doivent trouver importants et quelle opinion priviliégée. Une fois que le débat est "clos", leur opinion "désuète" n'a plus de droit de cité.

On ne risque pas sa réputation, son emploi, etc pour le contrer. Tant qu'on ne prendra pas de risque, rien va changer.



21 mars 2016

"Il aurait dû être avorté"




Voici la triste histoire de Christopher, un jeune de 18 ans qui a été pris en charge par la DPJ.

Lorsque je discute d'avortement, les pro-choix disent que les gens comme lui auraient dû être avortés au lieu de vivre une vie d'enfer. Parce qu'une vie difficile ne vaut pas être vécue.

En fait, je trouve que cette réponse est superficielle. Premièrement, des droits ne dépendent pas des prédictions sur notre qualité de vie. Tout être humain a le droit à la vie, point. Deuxièmement, personne ne peut prédire l'avenir d'un bébé. Bien qu'on pense savoir le destin d'un enfant, il y a des enfants qui échappent à leurs circonstances. Troisièmement, une enfance difficile n'empêche pas l'adulte de connaître le bonheur.  Les adultes sont capables d'évoluer, d'apprendre, et de faire la paix avec leur passé.

Et quatrièmement -- et c'est mon point majeur-- la raison qu'on propose l'avortement n'est pas pour le bien de l'enfant, mais pour apaiser sa propre conscience.

Le gauchiste se sent responsable face à une situation troublante comme celle-ci. Un enfant a grandi dans l'abus, dans la négligence, et c'est la faute de la société. Mais c'est qui la société? C'est lui, le gauchiste. La société aurait dû faire quelque chose pour empêcher cette situation. Mais faire quelque chose interpelle le lecteur. Ça exige un effort.

À moins qu'on permet l'avortement.

L'avortement règle "tous les problèmes." Il règle le problème de la mère, le problème du gauchiste,  et -- d'une façon tordue-- le problème  de l'enfant, puisqu'il n'a pas à vivre dans la négligence. Sauf que, bien sûr, l'enfant doit mourir, mais ça c'est un petit détail, et si on ne lui accorde pas le statut d'être humain, ça ne troublera pas la conscience. Tout est réglé facilement. Sans effort. Pour le gauchiste.

Et qu'est-ce que le gauchiste dit face à l'argument pro-vie (majoritairement à droite)? Il accuse les droitistes d'hypocrisie, pour leur opposition à l'État-providence. "Vous n'êtes pas véritablement pro-vie, vous êtes pro-naissance; le moment que cet enfant est né, vous vous n'en préoccupez plus." Le problème selon le gauchiste, c'est que cet enfant est un fardeau sur l'État-providence.

 Comme si le seul moyen possible de s'occuper d'un enfant était de dépendre sur des programmes sociaux.

Et oui, l'État-Providence n'a pas pu s'occuper de cet enfant, et le gauchiste propose plus d'État, mais ça c'est pour un autre billet.

(Et tentez l'expérience: si les pro-vie étaient universellement en faveur de l'État-Providence, serait-il plus en faveur du droit à la vie? Bien sûr que non.)

La solution aux problèmes des difficultés des enfants ne commencent pas par l'État. Il faut commencer par le principe que l'existence de l'enfant n'est pas le problème. Le problème est financier, psychologique, circonstanciel ou autre. La nature de la solution doit correspondre à la nature du problème. Si c'est un problème financier, il faut trouver une solution financière; un problème psychologique nécessite une solution psychologique, et  ainsi de suite. Mais la gauche propose  comme solution la mise à mort de l'enfant à naître, parce que c'est l'enfant qui est le problème.

Derrière le souhait qu'une personne aurait dû être avorté, c'est la volonté de ne pas avoir à s'en occuper de sa souffrance. Bien sûr, la personne morte n'aurait pas d'expérience douloureuse, mas le gauchiste ne semble pas rendre compte que l'avortement l'aurait complètement effacé de l'existence. Est-ce vraiment respectueux de la personne humaine?

12 février 2016

À bas les faux valentins...


Je publie ce lien pour soulever une problématique qui existe dans nos écoles: la tentative de protéger les enfants de toutes expériences négatives.

Aujourd'hui on observe la Saint Valentin à l'école de mes filles. La politique est: si tu donnes des valentins, il faut que tu en donnes à tout le monde.

J'ai toujours détesté cette politique, même si mes filles, étant autistes, risquaient d'avoir peu ou pas de valentins.

11 février 2016

Comment empêcher nos filles de devenir prostituées




Imagine, on est rendu en 2016, à se demander comment faire pour empêcher nos filles de  devenir des prostituées. Vive la modernité!

La solution à Lussier, c’est d’élever les filles pour qu’elles se croient intelligentes et débrouillardes, et non passives. Selon moi, ça n’a strictement rien à voir avec le style parental. Des générations de filles ont été élevées de façon traditionnelle sans tomber dans la prostitution. Quand j’avais 14 ans, personne n’avait besoin de me dire de ne pas devenir prostituée. Ni moi, ni mes amis.  C’était de toute évidence. C'est dû au concept de la sexualité qui prédominait à l’époque, selon laquelle le sexe est un moyen d’exprimer son amour envers l’âme-sœur.

Je ne dis pas que cette idée a complètement disparue. Mais elle a perdu des plumes. Aujourd'hui on vit dans une culture pornographique. Le sexe n’est plus une expression d’amour, mais une activité récréative.  Le corps est traité comme une machine à pulsion sexuelle. Tout tourne autour du sexe et c’est facilement accessible par internet et même par télé. Dans les années 80, on avait des scrupules face à l’exposition des enfants à des produits « adultes » dans l’espace publique. Plus maintenant. La compagnie câblodistributeur offre des films pornos et des films populaires sur la même chaîne de films-sur-demande. Ça n’a pas l’air de déranger qui que ce soit.

Dans ce contexte, n’est-ce pas normal qu’une jeune fille veut se faire un peu d’argent en comblant la demande?  Pourquoi qu’elle devrait s’arrêter? Y’a rien là! C’est juste des frottements pour du cash, pis c’est trippant.

Mais c’est là le problème. La fille qui pense que la prostitution est une façon viable de gagner de l’argent ne pense pas qu’elle mérite mieux. Ce n’est pas nécessairement qu’elle possède une mauvaise estime de soi. Mais son estime de soi  ne se traduise pas par certaines attentes.  Elle ne pense pas mériter mieux, donc elle n’exige pas mieux dans le sens qu’elle n’exige pas d’être aimée avant d’avoir des relations sexuelles; pas parce qu’elle se haïsse, mais parce que cette exigence n’existe plus dans notre culture.

Je m’attends à l’exaspération progressiste devant mes propos. Dans la pensée progressiste, le sexe n’est pas le problème. Le problème, c’est que la fille risque de se faire dégrader, abuser,  et violenter. Si on en informe la fille du danger, elle n’embarquera pas dans cette aventure.

Oui, ça se peut. L’avertir peut l’arrêter.  Et ça se peut que la fille embarque pareille. Attirée par l’argent, l’amitié,  ou la simple acceptation, si ce n’est pour son corps.

Si le consentement reste la seule chose nécessaire pour  légitimer les relations sexuelles, ça ne fera rien pour éliminer la prostitution. Mais, si le critère pour en avoir est un petit peu plus élevé, si son consentement exige que le gars s’intéresse beaucoup  à son bien-être – et donc qu’il l’aime-- c’est clair que c’est dans son intérêt.

Quand on facilite trop l’acte sexuel, on déshumanise les participants, et c’est la fille qui risque d’écoper. Peut-être les vieilles valeurs sont vieux-jeu, mais souvent il y avait une raison derrière : c’est-à-dire, le bien-être des gens.  Je ne prône pas un retour à l’ère victorienne. Mais notre ère de sexualité débridée n’est pas idéale non plus. Oui, le sexe c’est bien, dans le bon contexte. Comme n’importe quelle autre activité humaine. Ça devrait découler de l’esprit et non uniquement de nos pulsions biologiques. On n’est pas des animaux. On est capable de vivre une sexualité rationnelle. Je dis des choses qui devraient  être évidentes à tout adulte mature, mais j’ai l’impression de dire quelque chose de révolutionnaire!

Il faut surmonter la crainte de passer pour des puritains et développer une vision de la sexualité qui ne se réduit pas au consentement, mais qui inclut l’amour comme un aspect important. Ça ne donne rien d’être « ouvert » et progressiste si on en souffre les conséquences. Ce n’est pas une question ou non d’être féministe, c’est une simple question de gros bon sens. 

(Et pour mes lecteurs catholiques, je ne veux pas sous-entendre que j'appris les relations avant le mariage. Mais soyons clairs qu'il faut que deux personnes s'aiment pour avoir des relations.)

4 février 2016

Le malaise intellectuel de notre génération




Cet article date de 2010, mais le lien est apparu sur mon facebook. Ce passage résume très bien le malaise intellectuel de notre génération:
In my experience, although the modern university is full of trite, politically correct pieties, for the most part its educational culture is cautious to a fault. Students are trained—I was trained—to believe as little as possible so that the mind can be spared the ignominy of error. The consequences: an impoverished intellectual life. The contemporary mind very often lives on a starvation diet of small, inconsequential truths, because those are the only points on which we can be sure we’re avoiding error.
Traduction:
Dans mon expérience, bien que l'université moderne est plein de paroles banales et politically correct, sa culture éducationnelle est excessivement prudente. Les étudiants sont formés -- comme je l'étais-- de croire le moins choses possibles, pour que leur esprit soit épargné de l'erreur. Les conséquences: une vie intellectuelle appauvrie. L'esprit contemporain vit souvent d'un régime de petites vérités sans conséquence, parce que ce sont les seules affirmations dont on peut en être certains, et donc qui nous feraient éviter l'erreur.

J'ajouterai que l'esprit contemporain n'a non seulement peur de l'erreur, mais surtout du dogmatisme. Il a peur de fonder sa vie sur une vérité, parce que détenir une vérité c'est potentiellement violent, comme si la violence devrait nécessairement découler d'une croyance ferme....

On n'est pas capable d'avoir des grandes pensées. On a trop peur des illusions.