Aujourd'hui, le sujet est plus philosophique, mais tellement important. Ça fait plusieurs semaines que je veux écrire ce billet. J'avais quelque chose d'écrit en manuscrit. J'ai tellement de choses à dire et j'ai peur de vous perdre en chemin, alors je vais aller directement au but:
Il faut que les droitistes affirmer la capacité de notre raison de discerner la réalité des choses.
Ne me quitter pas! Ce n'est pas aussi évident que ça a l'air.
La gauche se croit illuminé et très progressiste. Cependant, son mode de raisonnement est très émotionnel et subjectif. L'émotion et le subjectif a son origine dans la tête de la personne. Selon le sceptisme exagéré de notre époque, l'expérience intérieure est la seule certitude, si on peut même parler de certitude.
Alors, comme tout dépend de notre "expérience", quand il vient temps de discuter sur certains sujets, on entend souvent dire
"ça dépend"
"ce n'est pas noir et blanc"
"les perceptions sont trompeuses" (on ne peut pas se fier à nos sens).
Depuis le 19e siècle se répand l'idée que nos sens sont tellement compromis par leurs défauts, que notre raisonnement est tellement faible, qu'on ne peut pas se fier à la raison pour savoir l'heure juste sur un paquet de sujets-- la moralité en étant l'exemple le plus connu, mais aussi, la nature humaine, la gestion de la société (par l'État et par les autres acteurs sociaux) l'éducation et ainsi de suite.
Au milieu du vingtième siècle, on commence à avancer le "post-modernisme", une évolution logique de notre rejet de notre capacité à raisonner. D'après le post-modernisme: on ne peut pas se fier à nos sens et à notre capacité de raisonner, alors dans le fond, ce qu'on peut extraire de nos connaissance, c'est que la réalité est "construite". Alors, la réalité peut admettre des notions contradictoires.
Pour les gens qui croient dans le gros bons sens, c'est de la pure folie. Ce n'est pas tous les gauchistes qui intègrent une forme si pure du post-modernisme. Mais comme cette forme de pensée est dominante dans les universités, c'est normal que ça ait eu une influence sur les deux ou trois dernières générations d'étudiants, sans que les universitaires en soient conscients. Les gens éduqués ont été impregnés par cette mentalité, à des degrés différents.
Et quel impact que cela a eu? Pour le gauchiste, les faits-- la réailté-- sont moins importants que d'autres choses. Le gauchiste va protester qu'il POSSÈDE les faits. Mais ce qu'il possède ce ne sont pas des faits, mais des conclusions qui découlent de ses valeurs. Par exemple, il va dire que comme tous doivent être égaux, les enfants handicappés doivent être intégrer dans la classe "normale" d'une école (pour prendre un exemple parmi un millier qu'on pourrait choisir). Le gauchiste se met à la place du p'*** handicappé, puis il s'imagine comment il se sentirait à part dans une classe "spéciale", pis il se dit qu'il doit se sentir rejetté. C'est comme ça qu'il raisonne. Il n'est pas capable d'évaluer ses propres convictions, non seulement par manque de faits-- tout le monde est ignorant à un moment donné, on ne peut pas blâmer le gauchiste plus que les autres pour ne pas avoir été exposé à certaines données-- mais le gauchiste n'a pas d'outils intellectuels pour évaluer la justesse de ses valeurs.
Ce sont des valeurs basées sur son intuition, son vécu. Pas question que ça soit remis en question selon des connaissances abstraites sur la nature humaine (que les gauchistes perçoivent comme quelque chose de floue et malléable, en passant.)
Selon le gauchiste, on ne peut pas tirer des conclusions certaines sur les êtres humains, leurs comportements, leurs conséquences etc.
Pourquoi qu'il pense ça? Parce que tout le monde le dit!
Comme la raison n'a pas de véritable valeur, le gauchiste va manquer de rigueur intellectuelle dans ses propos. Je ne dis pas que les droitistes sont incapables de raccourcis erronés et de sophismes. Ce que j'essaie de souligner, c'est que par le fait même d'avoir peu de confiance dans sa pensée, sa logique et son argumentation, il ne s'efforcera pas autant pour assurer que ses dires sont cohérents et basés sur des faits.
Je donne un exemple qui n'a pas rapport directement avec la politique, mais qui illustre mon argument. Lorsque j'étudiais la littérature anglaise à la maîtrise, j'ai entendu dire que Shakespeare promouvait le travestissement avec ses pièces de théâtres. Donc, Shakespeare était un queer avant son temps. On sait que au 17e siècle les hommes jouaient les rôles féminins dans les pièces. Ces caractères féminins se changeaient souvent en homme lors de la pièce. On pourrait penser que ça facilitait le jeu de l'acteur. Pour le lecteur moyen, ce fait très anondin pourrait aisément expliquement le phénomène fréquent du cross-dressing dans ses pièces.
Mais non! Il faut essayer d'extraire une intention inavouée de l'auteure, avec des preuves cryptiques, que seul le critique moderne est capable de discerner, 400 ans après leur publication.
C'est complètement débile comme théorie. On essaie d'imposer un point de vue moderne à un homme vivant au 17e siècle. On ne peut pas vraiment entrer dans la tête de Shakespeare. Il nous a laissé peu de traces. Alors, on ignore les faits-- ou l'absence de faits-- et on impose une théorie, basée sur rien plus que l'intuition.
Bien des gens qui ont étudié dans les Arts et Lettres peuvent citer des exemples semblables. Comme j'avais étudié en histoire, les théories litéraires basées sur des notions historiques erronées me faisaient capoter. J'étais supposée faire semblant comme si c'était crédible, quand je savais au fond de moi que c'était strictement impossible.
Mais voilà l'état de notre situation philosophique et intellectuelle à notre époque.
On a l'impression que le fait de ne pas avoir confiance en la raison nous donne quasiment permission de ne pas trop se soucier des données. Comme la réalité est "construite", ce n'est pas tellement important, non?
On peut voir facilement les conséquences de ce mode de penser sur les politiques de nos gouvernements. La politique se crée à partir uniquement de valeurs (je ne dis pas qu'elles ne sont pas importantes) ET d'une pensée magique.
Je ne dis pas qu'on doit attribuer une espèce d'infailibilité à notre raison. Loin de là. Je veux dire que l'être humain est capable de savoir la réalité des choses uniquement avec sa raison, en dépit de l'imperfection de nos sens. Ce n'est pas parce qu'on a tort quelque fois, qu'on a tort TOUT le temps. La force de l'expérience prouve le bien-fondé de nos idées. Je prêche pour un genre de "gros bon sens".
Il faut une certaine humilité intellectuelle. On a parfois tort, et il faut être prêt à raffiner ce nos connaissances. Mais on ne jette pas toute la sagesse humaine qu'on a accumulée juste parce qu'on s'est planté ici et là. Parce que l'alternative-- se fier uniquement à notre "intuition" et notre "vécu" est encore pire.
Se fier à sa raison, c'est être capable d'avoir la foi en ses observations, sa logique et surtout, en sa capacité de faire des généralisations (un autre tabou!). Par exemple, un des sujets les plus tabous, c'est les différences entre les sexes. On est supposé de traiter les hommes et les femmes comme étant "égal"-- et donc, pareil. Mais on sait que dans le concret, ça ne marche pas. On est supposé de faire semblant que la femme moyenne est aussi capable de travailler sur un champs de construction qu'un homme, ou qu'un homme pourrait s'intéresser à être éducateur autant qu'une femme.
On peut multiplier les exemples. L'éducation. Sans vouloir rénoncer à toute évolution en éducation, mettons que les vieilles méthodes étaient les meilleurs. Les dictées. Les tests. La discipline. Les matières de base.
On prouve la justesse de nos propos par les résultats, surtout sur une base collective. Si une énoncée est vraie, on sera capable de prédire son résultat en l'appliquant.
Je sais que le sujet de ce billet est abstrait et que le commun des mortels n'est pas philosophe. Dieu sait que je n'en suis pas une. Cependant, on peut voir comment une idée simple mais tellement erronée peut avoir des effets néfastes dans tous les sphères de notre société. Si on veut avancer le conservatisme, on ne peut pas se contenter de parler uniquement de la piasse. La réduction de la dette, la baisse de taxes, la libéralisation des marchés, ce sont toutes des choses importantes. MAIS, ce qui permet de constater leur nécessité, c'est l'appel au gros bon sens. Il y a bien des jeunes qui croient toutes sortes de niaiseries infondées sur l'économie, et c'est le fait qu'on interpelle jamais leur raisonnement qu'ils bouffent ces ouï-dire socialistes. S'ils sont confrontés à des gens qui croient en leur capacité à penser et L'EXIGENT d'eux, ils seront plus porté à rejetter ce qu'ils ne sont pas capables de prouver. Déjà là c'est une amélioration.
Je ressentais la nécessité de parler de ce sujet parce que j'ai l'impression que certains droitistes ont peur d'avoir l'air dogmatique en parlant d'autre chose que la piasse et l'étatisme. Mais il ne faut pas avoir peur d'avoir des convictions plus étendues sur la nature de la personne, et de l'organisation sociale. Tout est lié. On est capable de savoir ce qu'il faut faire pour avancer les choses. Oui, on peut avoir tort parfois, mais l'alternative, encore une fois, c'est de rénoncer à la raison. On est aussi ben de s'essayer.
1 comments:
Et bien, avec ce genre de commentaire, je vous propose comme lecture estivale quelques livres d'Ayn Rand.
Bien que celle-ci soit une athée pur et dure, le reste de son discours va plus que certainement rejoindre le votre... Ce qui en fera de la lecture plaisante... :)
Comme suggestion, je vous propose:
«Philosophy, who needs it?»,
«The New Left» et
«the virtue of selfishness»
Ils sont tous moins de 10$ sur Amazon...
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