5 février 2012

Pourquoi est-ce qu'on n'offre pas les bébés handicapés en adoption?

Une de mes followers sur Twitter me pose la question suite à un lien j'ai publié concernant l'IMG.

1. La mère ne veut pas porter un enfant qu'elle ne gardera pas. À quoi bon de rester enceinte pour quelques mois de plus pour donner le fruit de son effort?

2. Mettre un enfant au monde pour l'offrir en adoption n'est pas chose facile. Comment faire face à la famille après l'accouchement? On va demander "il est où fiston?" C'est gênant, non?

3. Mettre un enfant au monde pour le donner à un autre signifie une sorte d'échec. Ça signifie qu'on n'était pas en mesure de le garder et de l'éléver. On craint ce que l'enfant va penser. On craint le sentiment de culpabilité et de perte.

4. On pense que c'est compatissant de tuer un enfant plutôt que de "laisser souffrir". Comme si avoir la Trisomie 21 garantissait une vie de misère.

Newsflash: on subit tous de la souffrance. Certains en ont pire que d'autres. La douleur n'est pas la pire des souffrances. De nos jours, on est capable de quasiment tout traiter. La pire souffrance, c'est le manque d'amour et l'absence d'un sens à la vie.

5. De plus, la compassion létale qu'on montre à l'enfant est un bon écran pour l'égoïsme inavoué des parents. Tant qu'on le justifie pour le bien de l'enfant, personne ne soupçonne les parents d'avoir des mauvaises intentions. Certains handicaps demandent un effort énorme. Par exemple, si les parents gardent l'enfant qui a la Trisomie 21, ils savent d'avance que leur enfant va probablement subir des opérations à l'hôpital, qu'il va nécessiter une éducation spéciale et que son parcous social sera un défi. Ça prend grand effort de plus pour y faire face. Pourquoi se compliquer la vie? Quand on fonde une famille, notre vision de l'avenir n'inclut pas les défis d'avoir un enfant autiste, ou un enfant à mobilité réduite. C'est platte d'avoir un enfant qui ne comble pas nos rêves.

6. C'est sûr que l'égoïsme joue dans la décision de certains parents, mais il faut aussi responsabiliser le corps médical. Pour les médecins et ceux qui ont affaire à cette question, l'avortement est routinier après un diagnostique positif.  Premièrement, par ignorance. Ils ne connaissent pas la vie des gens atteints de handicaps lourds. Souvent, tous ce qu'ils savent à propos de tels handicaps, c'est ce qu'ils lisent dans leur manuels, qui sont parfois dattés et ils sont déliberément secs, parce que c'est comme ça ça s'ecrit un texte médical. Deuxièmement, c'est plus sûr d'avorter un enfant et connaître le résultat (la mort), que d'attendre et dépenser beaucoup d'effort et de ressources pour un résultat incertain. Troisièmement, les cas de gens qui gardent leurs enfants sont tellement rares, qu'ils ont peu d'expérience avec le choix pour la vie. À peu près la totalité des foetus diagnostiqués avec la Trisomie 18 sont avortés. Comment veux-tu qu'un médecin suggère la vie quand lui-même il ne sait pas ce que ça va avoir l'air une fois que l'enfant est né? Alors, pour le médecin, la solution c'est clair après un test positif: on passe à l'avortement.

7. Même si les parents seraient prêts à donner l'enfant en adoption, ils croient qu'un enfant aussi lourdement handicapé ne sera jamais adoptable. Quand un couple fait une demande d'adoption pour un enfant, ce n'est pas pour un enfant dont l'espérance de vie est courte. Ils ont tellement dépensé de temps et d'argent pour finalement avoir un enfant, ils ne veulent pas le voir mourir dans un an ou deux (sans parler de la difficulté émotive d'accompagner cet enfant).

Je ne dis pas ça pour justifier l'avortement. Je veux seulement souligner la difficulté de la question.

On parle souvent de l'adoption comme solution de recours pour l'avortement. Bien que l'adoption offre une certaine alternative, elle ne sera jamais la solution ultime à la question d'avortement, parce qu'elle ne répond pas aux craintes et aux désirs qui justifient l'avortement. Quand on veut avorter, c'est parce qu'on ne veut pas porter l'enfant. Point. On ne veut pas mettre au monde un enfant qui ne sera pas le nôtre. On ne veut pas subir 9 mois de souffrance et de questionnements des gens et se faire dire qu'on est égöiste pour vouloir abandonner notre enfant (eh oui, ça se dit) pour enfin n'avoir rien à montrer après tout cet effort.

On suggère trop facilement le chemin de l'adoption. L'adoption répond au problème d'une situation où la femme ne peut absolument pas éléver un enfant. Elle ne répond pas au problème d'une femme qui ne veut  pas accoucher d'un bébé dans un proche avenir

1 commentaire:

JocelynG a dit...

Bonjour Suzanne. A moi de venir sur ton blogue pour discuter... Tu as raison pour dire que l'adoption n'est pas LA solution pour contrer l'avortement, mais elle en est UNE réelle. L'Association Emmanuel, l'amour qui sauve (http://emmanuel.qc.ca) offre de l'accompagnement aux familles biologiques pour les aider à discerner. Elle offre des sessions appelées "gestance" pour les familles qui réfléchissent à l'adoption. Elle a fait adopter plus de 200 enfants différents au Québec, ce n'est pas rien. Toutes ces familles adoptives ont des motivations diverses, mais la plus importante est "de ne pas laisser un enfant, quel qu'il soit, abandonné".